The Master était précédé d’un murmure prometteur, l’annonçant comme LE grand film de ce début d’année 2013. Une sorte de carte de vœux cinématographique pleine de bonnes résolutions, en somme. Et sur le papier, en effet, le film avait de quoi en imposer : le retour de Joaquin Phoenix, acteur prodige revenu de son vrai faux voyage au pays du rap US. Philip Seymour Hoffman, pape du ciné américain sous toutes ses formes. Et surtout, Paul Thomas Anderson, petit génie insaisissable. Trois caméléons surdoués qui promettaient un film aussi fascinant que perturbant.
Perturbant, The Master l’est sans aucun doute, mais le problème est qu’on ne sait pas trop pourquoi. Vous savez, cette catégorie de film qui vous laissent sans mot et profondément perplexe. Anderson nous balade, mais pour aller où ? Dès le début du film, on comprend que The Master sera un voyage étrange. Plus ou moins présenté comme un portrait de la naissance de la scientologie, il s’agit avant tout de celui de deux hommes.
Le premier, Freddie, ex-soldat obsessionnel, sacrément doué pour créer des gnôles hors normes et ayant un tout petit de mal à ne pas mettre son poing dans la gueule du premier venu. Le second, The Master, médecin/physicien/bonimenteur à la tête de La Cause, pré-secte en puissance, qui cherche à convaincre l’Amérique et le reste du monde que les voyages dans le temps et les vies antérieures peuvent sauver du cancer. Là où un scénariste classique aurait cherché à montrer l’emprise du second sur le premier, Anderson s’applique à démontrer que le plus paumé des deux n’est pas celui que l’on croit. Une relation complexe s’installe entre les deux, mais on ne parvient pas à trouver ce drôle de couple fascinant.
Tout est fait pour installer le spectateur dans une ambiance instable, crue et troublante : une narration désorientée, des personnages aux frontières floues, une musique omni-pesante. Anderson déploie des tonnes d’artifices aux arrières goûts de pétard mouillé. Seul Phoenix s’extirpe de ces cendres (facile, je sais). Étincelle au milieu de ce flou pas très artistique, unique justesse de la première à la dernière minute. Grandiose serait un euphémisme pour décrire la puissance de son interprétation. Chacun des plans où il apparaît se substitue au film lui-même. Et quelle déception anticipée de savoir que les Oscar lui préféreront sans doute Daniel Day-Lewis sous ses prothèses lincolniennes.
The Master laisse donc cette impression d’on ne sait quoi en sortant de la salle de cinéma. Un Phoenix incroyable perdu au milieu d’une idée confuse. Comme une bonne résolution à moitié tenue.




