Partie 2: La rencontre au sommet de parcours étroitement liés, HOLY SHIT
Rassembler des informations sur Matt Fishbeck pour les besoins de cet article – aussi parce que je suis d’une curiosité presque indécente – s’est au final plus apparenté à du stalking actif tant peu d’articles ont paru sur cet homme, pourtant – et je l’affirme d’entrée de jeu – un des meilleurs songwriter actuels. Bim. Peut-être, parce que le nom de son groupe, n’est pas franchement facile à googler. Une des caractéristiques qu’il partage donc avec les chouchous de Girls (précision googlesque que l’on a d’ailleurs tendance à retrouver dans chaque papier écrit sur le groupe dernièrement), donc.
Quand t’es née dans les années 90, et que tu vois toutes les scènes musicales que les décennies précédentes ont portées, t’as parfois tendance à partir dans le délire profondément adolescent du « c’était mieux avant », « j’aurais préféré vivre ça plutôt que d’être ici maintenant à écouter de la musique du passé, faite par des fantômes déjà morts d’une overdose ». Je dois l’avouer, voir tout ce qui se passait dans les années Factory, ça me rendait un peu malade de jalousie. Bon t’apprends à vivre avec ça après, mais tu peux pas t’empêcher de te dire que ça serait chouette d’avoir un mouvement similaire avec des gens un peu près de ta génération, qui refoute un coup de pied au cul à la pop planplan actuelle.
C’est désormais une certitude, cette scène, d’une parfaite osmose, qui conjugue fétichisme des années passées – surtout 80 – et décalage moderne, je la trouve du côté de la Californie. Comme démontré avec Girls précédemment, HOLY SHIT, va au delà du consensuel pour imposer sa pop exigeante, pointue, et pourtant, assez paradoxalement, extrêmement accessible. Car toute cette musique reste de la POP. Capable d’être appréciée de tout un chacun, notamment par la capacité que Matt Fishbeck, Ariel Pink, Christopher Owens et consorts ont de fabriquer des mélodies qui vont pile se poser sur ton coeur, et le caresser. Sans t’abrutir.
Maintenant que vous avez cerné ma légère obsession empreinte d’amour pour la personne de Christopher Owens, il est grand temps de vous avouer celle, tout aussi profonde que j’ai pour Matt Fishbeck et Ariel Pink. Toujours dans le registre gros crackeux californien, certes. Mais à mes yeux, Matt Fishbeck va plus loin encore dans son exigence envers la musique pop que les deux lurons de Girls. Plus radical, fonçant autant dans le mur sans regarder s’il roule à la bonne vitesse, que ses illustres camarades. Des beautiful losers. Comme il fallait s’y attendre. Lost Angeles.
Il paraît, pour des raisons dépassant l’entendement naturel d’un homme doué de raison, que fut un moment, où la musique d’Holy Shit était considérée comme expérimentale. Il semblerait donc que tout bidouillage et maltraitage sensible de structures classiques de chansons ne constituent pas de la pop dans toutes ses lettres de raison. Forcément, avec ce genre d’a priori débile, comment ne pas penser un disque comme Stranded At Two Harbors comme totalement inaccessible. Peut être parce que, contrairement à ce que mon esprit borné s’est persuadé à penser Holy Shit est un groupe disons, assez confidentiel – souvent confondu avec d’autres Holy machinchouettes d’ailleurs.
Matt Fishbeck n’est pas qu’un illuminé qui passe sa vie en Caps lock à écrire des messages tout aussi étranges. Et si on peut dire qu’Holy Shit est le projet que porte Matt Fishbeck (ex- The Push Kings) dans ses bras, Ariel Pink – autre illuminati de Los Angeles, comme par hasard – a un rôle à jouer. Blablabla Matt Fishbeck se fait virer de son ancien groupe, blablabla Matt Fishbeck rencontre Ariel Pink, badaboum ils forment un groupe, et tadam ça s’appelle Holy Shit. Ariel Pink a un groupe qui commence à marcher et repart, Christopher Owens fait coucou au tambourin que veut lui faire jouer Matt, va jouer de la guitare et va s’en aller pour s’impliquer dans Girls. Dans le genre relations incestueuses, sur un point de vue musical j’entends, la diagonale Los Angeles / San Francisco est aussi impressionnante qu’à Clermont-Ferrand – mais c’est super cool, don’t get me wrong. Matt Fishbeck se plait en effet à dire – et c’est une théorie plus que séduisante – que toute la scène underground de Los Angeles a à un moment donné joué au sein d’Holy Shit.
Aussi paradoxalement que ça puisse paraître, tout en étant forcément un peu nostalgique – un brin accentuée sur les années 80 la nostalgie -avec des sons parfois super kitsch, Matt Fishbeck fait une musique hyper moderne, et en avance sur son temps. Rétro-futuriste. Un garçon qui fait partie de ces visionnaires cramés qui laisseront toujours les gens pantois devant tant d’audace. Ça part dans tous les sens, les 3/4 du temps je comprends pas ce qui m’arrive mais ça finit presque toujours avec la mélodie coincée dans la tête pour le reste de la journée – c’est fou ce que ça peut s’accrocher des mélodies au final. Troublante beauté saisie par un esprit maboule et poétique. Toucher d’une oreille Stranded At Two Harbors et tomber en amour.
Pour mieux comprendre le personnage, au final, sans avoir à vous farcir les explications d’un faux cheval carrément paumé face à un tel morceau, rien de tel que la mixtape qu’il avait concoctée pour VICE sur laquelle on retrouve même une reprise absolument démente des Marine Girls. De quoi patienter jusqu’à la sortie d’Omen Games. En prime le très classe Know Phase a déjà très bien illustré l’esprit du groupe.
Ça dit, je n’ai plus qu’à laisser le garçon s’exprimer. De toute manière même quand il joue de l’omnichord sur des toilettes « c’est génial ». Ça devient presque aussi pitoyable qu’avec Christopher à ce point. Le dossier photo mastoc sur les cheveux en moins.
À venir: Partie 3: SURPRISE.
PS: Sinon, cet article a été écrit avec comme bande son unique Slit de Garciaphone, à fond dans le casque, le doigt complètement marteau face au bouton « replay ». Et si j’veux quand même trouver un rapport avec le reste de l’article, en tirant « lééééégèrement » par les cheveux, j’dirais que cette chanson ne peut appeler qu’à un cri de révélation tel que « HOLY SHIT ». Mais ça serait dommage d’être vulgaire devant tant de beauté.


[...] Partie 2 : L’AMOUR EN CAPS LOCK [...]
[...] boucle dans un coin de ma tête, comme une grosse évidence. Toujours dans la même veine qu’Holy Shit — on y revient forcément — je crois qu’on débute tout juste une longue histoire [...]