Posted in novembre 2010

Je vous aime (pour de vrai cette fois)

Prise par une envie irrépressible d’écrire mais hésitant constamment à vous resservir un plat réchauffé sur un sujet analogue déjà traité ici, m’est venue une idée aussi spectaculaire -ouais- que logique. Et si je vous parlais d’un truc que je connaissais vraiment, qui se passait maintenant et à l’endroit où je vivais? Et si je vous parlais, au moins pour une fois de façon correcte, sans passer par un live-report ou des allusions à droite à gauche en sous-entendant que le monde les connait, des gens faisant partie de Kütu Folk Records? Il est vrai qu’on avait commencé à évoquer la question directement avec Alexandre Rochon (je n’oublie pas que je vous dois la deuxième partie de l’entrevue, une fois que j’aurais retrouvé le fichier son correspondant, promis), mais jamais on a étendu la chose à des considérations propres et personnelles. Alors voilà, je vous propose donc de voir un peu ce que ce label cache et comment ils ont fini par remplir une grande partie de mon activité auditive, pour situer pourquoi on devient à ce point forcenée et fière d’être là où tout ça se passe.

En fait, quand on habite Clermont-Ferrand et qu’on s’intéresse un brin à la musique il faudrait vraiment faire preuve de la plus grosse mauvaise volonté possible pour dire qu’on ne connaît pas le Kütu. En effet, où qu’on aille, quoi qu’on fasse, de par la taille de la ville où est basé le label et une majorité de ses artistes, on finit toujours par tomber sur l’un des membres concernés. Pour la petite histoire on ne peut plus glamour et pas déjà vue, quand j’étais en Première, alors en plein refus de ce que tout le monde aimait autour de moi -l’adolescence, tout ça- et résidant alors à Vichy, j’étudiais avec un oeil avide tout ce qui venait de Clermont. Il faut d’abord se figurer que pour n’importe quel Auvergnat lambda, Clermont=Paris=l’autre bout du monde. Et la Région Auvergne, toujours aussi alerte lorsqu’il s’agit de mettre en avant le moindre petit mouvement culturel régional avait eu l’excellente idée de créer un sampler de morceaux de 17 groupes régionaux et de le distribuer gratuitement à tous les petits lycéens auvergnats. Au milieu des inévitables touche pipi de Cocoon (à l’époque ils étaient encore auvergnats et pas expatriés dans un endroit vraiment plus coule de la grosse bouse d’où ils venaient, parce que Clermont c’est « vraiment trop triste et nul, et puis les filles sont moches ») ou des Elderberries qui étaient LES groupes à la mode -ouais- se trouvait ce groupe: The Derek Delano Orchestra avec le morceau Lucky Star. Ça tranchait tellement avec ce que je pouvais alors écouter que j’étais passée au dessus de tout ça, préférant à l’époque la moindre petite crotte étiquetée « indie » par le NME en provenance du Royaume-Uni. Mais au moins je savais qu’il se passait un truc sur Clermont, tous les journaux -La Montagne quoi- en parlaient et les parisiens -coucou- étaient dingues de voir qu’il pouvait se passer quelque chose chez les bouseux de province.

J’ai donc laissé de côté le Derek Delano Orchestra de côté pendant un an. Et puis en terminale, alors que mes goûts musicaux commençaient à se faire plus précis et un peu plus éclectiques, j’ai fini par sympathiser avec un de mes camarades de cours -que je considérais uniquement comme des gros rustres tout juste bons à écouter Metallica (ce qu’ils étaient hein)- qui m’a rappelé qu’il existait deux trois petites choses sur Clermont qui méritaient un brin d’attention. Il avait alors pu réveiller l’intérêt que j’avais pu avoir pour un endroit que je méprisais le plus possible. Puis ça fait quand même plus impressionnant de dire qu’on écoute un groupe philippin que clermontois vis-à-vis de l’élitisme actuel revendiqué -ce qui reste une belle connerie due à l’internet, n’en démordons pas. Et puis finalement il s’est avéré que je me suis retrouvée à étudier à Clermont-Ferrand. De fil en aiguille, en trainant à des concerts à la Coopérative de Mai plus que de raison et parce que la ville est petite et tout le monde se connait, j’ai fini par retrouver la trace de ce groupe sur lequel je crachais plus ou moins encore 2 ans plus tôt. Il s’avérait qu’à Clermont existaient plusieurs labels dont un nommé Kütu Folk Records, comportant en son sein le Delano Orchestra, qui avait au passage perdu la mention Derek. Il s’est avéré que tout le monde les connaissait, savait qui était qui. Je ne sais plus comment, surement parce qu’on avait du me donner un coup de pouce en me nommant des groupes de la région à écouter, je m’y suis vraiment mise. Puis ils étaient bizarres un peu, ils cousaient leurs pochettes de disques qui rentraient du coup pas dans les colonnes de disques que je pouvais m’amuser à remplir de façon compulsive. Et en fait ça valait franchement le coup.

Au début, le projet c’était entre Alexandre, du Delano, et Damien, de Leopold Skin et ça s’appelait 20206. Les détails de la transformation de cette initiative en Kütu Records, à l’origine pour pouvoir sortir ses disques sans contrainte sont trouvables dans l’interview qu’on avait faite en juin dernier, ici. Concrètement Kütu Folk Records c’est 4 groupes clermontois, et depuis peu, 3 groupes/artistes nord américains sur lesquels on reviendra plus tard. Ces 4 groupes/artistes clermontois consistent en The Delano Orchestra, Leopold Skin, Pastry Case et, last but certainly not least, St. Augustine. D’une grande cohérence artistique entre eux, il arrive souvent que se fassent des aller-retours dans chacune des formations. Il n’est en effet pas rare, par exemple, de retrouver François-Régis de St. Augustine accompagner sur scène Damien de Leopold Skin (ou d’autres membres de ce qu’on peut parfois se laisser aller à appeler, par raison de facilité, la « scène musicale clermontoise », alors que c’est moche comme terme). Et parfois même, tout ce beau monde se retrouve sur scène pour nous délivrer des versions belles à chialer de leurs chansons. Par un affreux concours de circonstances, je n’ai jamais eu l’occasion de le voir de mes propres yeux, mais des vidéos et enregistrements sonores sont là pour attester de la véridicité de mes propos. Bref, ce microcosme était immédiatement séduisant visuellement et musicalement, qu’il était nécessaire d’y prêter une attention particulière.

Difficile de faire preuve de la moindre objectivité lorsque l’on est amené à parler de groupes qui, par leur musique, semblent évoquer d’une manière troublante ce que vous vivez dans cette région particulière qu’est l’Auvergne -identité forte du bougnat, tout ça, se faire traiter de bouseux les ¾ du temps ça te forge le caractère. On a souvent parlé des disques signés sur le Kütu comme émanant des « montagnes auvergnates », comme si la présence d’un gros pâté au dessus de la ville -aka le Puy-de-Dôme- influençait une manière d’écrire et de concevoir la musique. C’est vrai que c’est hyper beau, mais ça change pas le fait que cette musique a quand même plus l’odeur de contrées nord-américaines que françaises. D’abord, fait notable ils chantent en anglais. Et puis en fait, peut être à cause de l’habitude, on se dit que ça serait quand même totalement absurde et ridicule s’ils chantaient dans une autre langue. Et honnêtement, la musique de, par un hasard qui ne l’est en fait pas du tout, Leopold Skin sent nettement plus le sapin canadien que le chêne auvergnat.

Le fait que le mot folk figure dans la dénomination du label peut être suffisant pour éloigner les personnes hermétiques à ce genre musical. Sauf qu’il faudrait vraiment être bête comme une chèvre -ou être le mec des Foals- pour s’arrêter à ce genre de considérations. En effet, comme nous l’avait précisé Alexandre, folk c’est plus pour désigner la sincérité dont les disques sortis sur le label font de toute évidence tous preuve. Non et puis, quand on dit folk, pour ma part, ça a plutôt tendance à évoquer un mec tout seul dans sa forêt vivant seulement avec sa barbe, sa chemise à carreaux et sa guitare. Ce qui est quand même loin du cas que nous évoquons actuellement. De prime abord il est identifiable que ces musiques sont vraiment celles que semblaient vouloir son auteur. Il apparaît que ce genre de choses n’aurait été possible uniquement parce que leurs auteurs désiraient plus que tout les dire et les faire, sinon elles n’auraient jamais vu le jour, ce qui paraît hautement logique. Cette dénomination de folk est donc plus que réductrice lorsque l’on veut parler de la musique de n’importe lequel des artistes concernés. Au pire on peut évoquer une vague familiarité, mais, heureusement, les influences sont plus variées et produisent des musiques qui font qu’elles sont actuelles. Bon hein, par contre ils font pas de la musique pour faire la fête, c’est évident. Cependant, qu’est-ce qu’elle peut être adaptée aux longues journées pluvieuses, malheureusement fréquentes dans le vrai pays du fromage. C’est presque machinalement que plongé dans un gros marasme intellectuel on se met à écouter un des disques du Kütu, et on commence presque à trouver ça plus beau que la pluie sur la Limagne.

Mais là où les membres de Kütu Folk Records excellent le plus c’est en concert. Toutes leurs chansons prennent une dimension autre interprétée en live. La première fois que j’ai vu Leopold Skin en concert j’ai pleuré tellement c’était beau. Et pourtant je suis pas réellement d’une trop grande nature émotive, donc il quand même fallu que ça remue deux trois choses à l’intérieur. C’est comme si la musique vous attrapait par le cou, vous faisait faire le tour du monde en volant et vous reposait sans délicatesse aucune sur le sol, dans votre condition d’avant. Sauf qu’évidemment vous êtes encore tout retourné(e) de ce que vous venez de voir et vous comprenez pas avant d’être rentré chez vous. C’est en fait cette capacité à émouvoir sans jamais faire dans la mièvrerie ou dans la niaiserie qui apparaît me toucher le plus dans ces musiques. Chaque chanson qui a sa propre histoire possède également sa propre capacité à bouleverser. Ah oui, quand même, ça fait quelque chose. Et puis la première fois on se dit que c’est normal, la deuxième qu’on est pas encore habitué et puis la troisième et la quatrième on envoie tout le monde se faire voir pour prendre son pied de façon méchante sans se soucier de n’importe quoi d’autre que de ce qui se passe sur scène. Et même lorsqu’il s’agit de simples écoutes de disques, ils arrivent à vous plonger dans une atmosphère telle que ça rend tout ça magique. Et bien évidemment merveilleux mais si êtes arrivés jusque là vous devez probablement le savoir -légère tendance à déborder d’amour pour des choses qui nous touchent beaucoup trop.

Récemment, le label a signé Soso, Evening Hymns et Hospital Ships (que certains acharnés connaissaient sous l’identité de l’autre projet Minus Story) élargissant ainsi son horizon sur une conception géographique. Les deux premiers sont canadiens, le dernier étant américain et tous ont vu leur album être réédité par le label clermontois avec une nouvelle pochette, toujours dans ce souci il est vrai assez important, de consacrer une part aussi égale à l’esthétisme qu’à la musique. Chez Kütu en effet chaque artiste est responsable de l’esthétique entourant son disque. On conçoit facilement pourquoi. En effet qui mieux que l’artiste lui-même est capable de savoir ce qu’il veut et qui correspond le plus possible à l’univers qu’il a cherché à créer à travers son disque? C’est également la raison pour laquelle Alexandre avait réalisé un film illustrant le dernier album du Delano Orchestra. Parce qu’on est jamais aussi bien servi que par soi-même. Et puis, ça va probablement très bien avec cette démarche de « sincérité » qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque les galettes des artistes concernés. Et c’est parfaitement logique lorsque l’on connaît les talents de dessinateurs de St. Augustine (dessins qui avaient été exposés lors de la journée « Carte-blanche » d’avril dernier notamment). Aussi probablement la raison de la création spéciale des « Lündi de Kütu Folk ». Mis en place avec la Coopérative de Mai, véritable coeur battant de Clermont-Ferrand dont le rôle est plus que fondamental lorsque peu émerger un groupe intéressant sur la région, ils consistent en des fins d’après-midi -juste avant le souper- chacun centré sur l’actualité d’un artiste du label.

Le premier concernant la (re)sortie de l’album de Soso (Tinfoil On The Windows) qui était accompagnée d’une danse improvisée. Histoire de briser les conventions d’une écoute de disque classique où comme des mollusques on serait affalé sur un siège ou un tapis. Le deuxième c’était la Bim BamBoom en partenariat avec Magic, permettant de découvrir sur scène Evening Hymns et de redécouvrir Leopold Skin avec un groupe au complet. Un concert une fois de plus riche en émotions, comme toujours, inutile de se répéter. Le troisième concernait le film qui avait été réalisé par Alexandre Rochon afin d’illustrer le dernier album du Delano Orchestra. Le dernier en date s’est déroulé pas plus tard que la semaine dernière autour de la sortie de l’excellent deuxième album de Leopold Skin mettant en place une idée tellement géniale qu’elle est incroyablement simple. Mais oui! Pour fêter la sortie de son album, pourquoi en pas demander aux groupes de sa ville qu’on aime bien de reprendre une des chansons figurant sur celui-ci? Et même réinterprétées, parfois d’une façon assez radicalement différente, force est de constater qu’elles conservent toute la puissance créée par les mélodies chinées par Damien. On attend le prochain avec impatience, même si on se demande ce qu’ils vont réussir à nous sortir.

Si parfois les univers des artistes concernés apparaissent radicalement différents ils semblent tous être rattachés autour d’une chose: le sens mélodique de leurs chansons. Qui que vous choisissiez dans le catalogue proposé vous trouverez des ouvrages tournés vers la mélodie. Des orfèvres des sons, immédiatement impressionnants. Et même si chacun a sa sensibilité propre qui émeut différemment, ils se retrouvent en un certain point que constitue l’approche mélodique de leurs chansons. Alors certes, parfois, à la première écoute tout ça peut sembler maniéré, c’était d’ailleurs la première observation (celle de quand j’avais 16 ou 17 ans quoi) que j’avais pu formuler à l’égard de la musique sortie sous l’égide de Kütu Folk Records, mais finalement tout finit par séduire, tranquillement, et naturellement, au rythme des chansons. Parce qu’au final on retient surtout cette impression de facilité, comme si tout ça était tiré d’un seul souffle. C’est particulièrement criant lorsqu’on se penche sur les disques du Delano Orchestra sachant que le dernier album (Now That You Are Free My Beloved Love) a été enregistrés en une seule prise, en live.

Et qu’on se le dise, c’est quand même franchement génial d’être au coeur de tout ça et de se permettre de voir chacun des artistes locaux 3 ou 4 fois la même année. Ça ne fait que contribuer à la beauté et au dynamisme de cette région. Oui m’sieur-dame, quand on fait pas du fromage ou des présidents de la République on fait dans la musique. Et c’est toujours aussi sacrément bon.

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« Je vous aime »

Déjà quand était sorti Total Life Forever j’étais partagée entre le scepticisme que m’inspirait cet album et la nostalgie que j’éprouvais à l’égard d’un groupe, qui du haut de mes 16 ans, était une autre bonne raison pour partir s’expatrier en Albion. Un rêve adolescent comme les autres en somme. J’avais donc toutes les raisons du monde d’atrtendre les Foals au tournant leur de leur concert à la Coopérative de Mai. Le rêve adolescent s’étant, lors du passage à la réalité, transformé en véritable cauchemard à la fois auditif et visuel.

Après tout, la barre était haute puisque le dernier concert en date à la Coopé auquel j’étais allée consistait en Leopold Skin + Beach House. Difficile de faire mieux comme tableau. Et d’entrée de jeu, le public faisait craindre le pire. D’habitude je ne cherche pas à accorder trop d’importance à ce qui peut entourer le groupe et lui nuire mais là difficile de passer à côté d’un défilé de putes à frange confondant probablement salle de concert et salon de coiffure. Evoluant dans un autre espace temps, il est impressionant de constater à quel point ce groupe est en fait « à la mode ». Expression à prendre dans son sens le plus vulgaire, aussi vulgaire que le comportement du public, oscillant entre la boum d’adolescents à qui on aurait fait boire leur première bière et le stade de foot avec les gros mecs bien lourds et ronds comme des bariques. Etant donné ma répulsion pour l’une et l’autre des catégories, inutile de préciser que cela contribuait au désastre de la soirée.

Je ne pense pas être la mieux placée pour vous parler de The Invisible qui assurait la première partie ce soir là, ayant abandonné tout espoir au bout de 2 chansons. Et même en essayant de se concentrer sur la magnifique barbe du chanteur ou sur la guitare imprimé panthère du guitariste, impossible de trouver un tant soit peu la performance intéressante. Ce qui n’était pas l’avis des jeunes gens de 16 ans, majoritaires dans la salle, réagissant au moindre coup de baguette sur une cymbale de la part du batteur. Il était mieux de préférer une bière bien fraîche en écoutant d’une oreille la soupe sous-Foals produite par The Invisible tout en observant d’un oeil attentif le défilé de dindons à la probable âme de blogueuse mode présents ce soir à la Coopé -si j’avais osé j’aurais pris des photos de ce magnifique combo micro-robe violette, escarpins noirs et chaussettes-bas d’une distinction suprême. Et même en y mettant toute la meilleure volonté du monde en essayant de se dire que ce n’était pas SI mauvais, ben non, pas moyen de rester devant la scène. Ainsi engagée, on pouvait alors penser que la soirée ne pouvait qu’être meilleure par la suite. Ouais mais non, Noël c’est pas avant un mois les amis.

Dès le départ, ça résonnait comme une mauvaise farce, rien que de les voir ariver sur scène avec leur fausse dégaine de rock-star était énervant. ET CE PUBLIC, MAIS ENFERMEZ LES CHEZ EUX OU DANS UN CLUB ELECTRO LA OU ILS AURAIENT PLUS EU LEUR PLACE. Pour vous situer on aurait dit votre faux-cheval favori en train de faire pipi-culotte devant BRMC. Sauf que les Foals ils ont jamais écrit de chansons comme Berlin ou The Line. Voilà quoi. Pour compléteer un public qui sur-réagissait, rien de mieux qu’un groupe qui sur-jouait. Victime d’une ressemblance capilaire étonante avec le chanteur d’Indochine, ce soir là, avec la conviction qu’a un gamin de 14 ans devant un devoir de maths on aura eu le droit à: Yannis balance de l’eau sur le public, Yannis balance son micro très loin dans l’air, Yannis grimpe sur les enceintes, Yannis fait genre il connaît un peu d’histoire sur Clermont que les clermontois eux-mêmes ne connaissent pas, etc. A la limite, ça mettait un peu de piment dans le set, complètement mou du genou au niveau musical. 4 ou 5 fois dans la soirée je me suis demandée si ce n’était pas la deuxième fois qu’ils jouaient la même chanson tant tout se ressemblait. Il a en effet fallu attendre la toute fin du concert pour que l’ambiance qu’ils cherchaient vainement à créer commence tout juste à prendre forme. Les limites vocales de Yannis Philippakis (au bon lait de brebis, ouais) étant d’une évidence surprenante en live lorsqu’il esssaye de pousser un peu plus sa voix.

Pour une musique supposée dansante et dynamique, jamais je n’ai ressentie cette sensation d’éloignement vis-à-vis de la musique jouée en live. D’habitude je me contente de dire que c’est ennuyeux, point barre. Mais là ça tournait carrément à la parodie tant on avait l’impression d’assister à ce spectacle derrière une vitre. Sauf que manquait l’isolement sonore qui aurait été le bienvenu, les tympans étant maltraités sans aucun répis, en faisant mal, et en énervant encore plus. Comme on me l’a justement fait remarqué une fois l’horreur terminée, tout ça évoquait une Skins Party. Et même Spanish Sahara, attendu comme bénéficiant d’une dimension toute autre en live a laissé de marbre, toute la magie de la chanson semblait s’être évaporée, en même temps que certains commençaient à entonner le « popopopopopooopooo » de rigueur chez les gros lourdingues. Puis alors là, sur Cassius, c’était carrément la débandade, l’ambiance virant carrément à celle d’un machin électro pseudo-hype avec tous les trucs irritants qui entoure ce genre de choses.

Enfin, que Yannis déclare, que « blablabla, you guys are awesome, we love you, je vous aime », c’était carrément nous prendre pour des pigeons. En témoigne la vidéo posté sur le twitter du groupe après le show, assimilant le public clermontois à des chiens dansant la salsa. Classes jusqu’au bout. Au moins, un problème de réglé, si lors d’un festival, j’aurais pu hésiter entre Foals et un autre groupe, il n’y aurait désormais plus d’hésitation possible: tout sauf Foals de nouveau.

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No Winter, No Autumn

Dans ma « discothèque numérique« , juste avant Alps de Motorama, se trouve un petit trésor caché. Tellement que je l’y avais oublié depuis mai ou quelque chose du genre. Et, va savoir pourquoi, tiraillée entre l’ennui profond que m’inspire ma ville résidentielle au mois de Novembre et le manque absolu d’envie d’écouter de la musique -c’est fatiguant des fois, quand même- j’ai vu ce nom au milieu de centaines de pages FB que j’ai jadis rejointes. Si on passe sur les tendances grosse geek qui tue tout charme rattaché à la découverte de nouvelle musique, il en reste un groupe… des Philippines.

Image même de la mondialisation, d’un monde sans frontière, les Philippins de Moscow Olympics -nom tiré d’une chanson d’Orange Juice?- sont signés sur un label Suédois et produisent une musique digne de celle réalisée en Angleterre sous les appellations -j’vous le donne en mille- Shoegaze et Post-Punk dans les années 80. J’avoue toujours avoir trouvé la dénomination « dream pop » complètement farfulue, sauf que là, la musique de Moscow Olympics semblait bel et bien émerger d’un rêve qu’on aurait fait, éveillé ou pas. Tout de suite s’impose cette atmosphère propre à ce genre de disque aux références évidentes. C’est d’ailleurs en parcourant le nom de ces influences que m’est revenue l’idée de les écouter. Sauf qu’on a un peu toujours peur que les groupes qui référencent ceux qui nous sont les plus chers finissent en un pastiche burlesque et vire au mauvais gag. Le rêve étant que tout ce beau monde se retrouve joyeusement faire la fête au sein d’un seul et même groupe.

Et alors qu’on entend distinctement la moindre influence des Moscow Olympics, jamais la sauce ne tourne mal, les ingrédients se mélangent avec une facilité déconcertante sans jamais que tout cela paraisse vulgaire ou forcé. Partout dans la musique des Philippins on semble discerner des clins d’oeil à cette époque que ces 4 jeunes gens semblent avoir digérée. En témoigne cette introduction de Second Trace, étonnamment évocatrice du Disorder de Joy Division. Et d’ailleurs on ne serait pas surpris, ni dérangé, que Ian Curtis vienne pousser la chansonnette. La fille et un des garçons du groupe se partagent les voix, sans qu’on en face une affaire principale, celles-ci étant mises au même niveau que les autres instruments pour laisser émerger claviers, guitares et batterie hypnotique. Ce genre de façon de faire qui est si chère à n’importe quel amateur de shoegaze, la voix utilisée comme instrument, ni plus fort, ni plus faible qu’un autre. Néanmoins, l’amateur de post-punk comme on dit, ne se retrouve jamais perdu au milieu de ces méandres shoegaze qui pourraient le faire fuir tant le tout est dosé pour que jamais l’un des deux côtés de cette musique ne prenne le dessus sur l’autre de manière excessive. Et sur n’importe quelle chanson, on retrouve ces changements de structure qui tout en étant suffisamment brutaux pour surprendre, ne choquent pas, et passent avec une évidence surprenante sur nos oreilles.

Le groupe est ainsi responsable d’un formidable disque -qui m’accompagnera de toute évidence tout cet hiver bien que sorti, me semble-t-il en 2008- Cut The World, sorti sur Lavender Recordings, et introuvable à commande sur l’internet (mais si vous cherchez, vous trouverez hyper facilement un lien pour le télécharger, si c’est pas un comble). Il semblerait néanmoins qu’une réédition japonaise soit en route et incluerait le single Still. Ils ont également réalisé un split single avec les Morning Paper. À noter également qu’ils figurent dans le catalogue Beko, chouettos « digital singles label » comme ils se disent eux-mêmes, basé en Bretagne -on aura fait la tour du monde en un article- au numéro 12 que vous pourrez évidemment télécharger gratuitement. Vous attendez pas à passer du coq à l’âne d’un de leur enregistrement à l’autre cependant. Tout est d’une cohérence parfaite, jusqu’aux pochettes qui nous feraient soupçonner tout sauf un groupe des années 2000 (quoiqu’il paraît que c’est à la mode ce genre de chose, qu’il y a un revival autour de tout ça, mais c’est pas encore parvenu chez le jeune lambda moins de 20-25 ans donc j’en profite).

En fait il est pas si facile de savoir quelque chose de concret sur eux tant ils sont à l’image de leur musique: mystérieux. Et à nous de se rendre compte que parfois, ne presque rien savoir sur un groupe, même quand on est rongé par l’envie contraire, ne gêne aucunement pour apprécier cette musique, tellement parfaite pour nous tenir chaud tout l’hiver et nous faire rêver le reste du temps.

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