Posted in octobre 2010

Is there a reason why you call me trash?

Cela fait un peu trop longtemps qu’on ne vous a pas bassiné avec des machins psychotiques et semi-dépressifs ici. Gros coup de chance j’ai trouvé de quoi vous rassasier. Comme je suis super conventionnelle comme fille et avec un manque total d’originalité il me semble opportun dans ce cadre précis de vous parler des Singapore Sling. Dont les tatapoum sonores donnent autant mal à la tête après une écoute prolongée au casque -masochisme cinglant- que l’abus de cocktails du même nom.

Volontairement, pour vous embobiner d’une manière aussi magistrale que pathétique, vous pensez désormais que pour affronter cette horde d’islandais, la boîte de doliprane vous sera nécessaire. Or il n’en est rien. C’est même nettement moins excessif que du Suicide par exemple. Cependant comme toute musique à relans psychotiques, l’excès n’est jamais bon pour les maux de tête et produit un effet hangover assez incroyable. Mis à part tous ces particularismes apparentés à des défauts par certains, la musique de Singapore Sling se situe idéalement entre les Cramps, Suicide (notamment sur le dernier album), les Jesus and Mary Chain et le Velvet Underground. Les références transpirent tellement qu’on les distingue rapidement. Ce n’est en rien une contrariété car malgré tout, Singapore Sling innove sur les illustres prédécesseurs que j’ai pu citer -avec des petits claviers discrets de temps en temps par exemple. Une fois n’est pas coutume -il est particulièrement affligeant comment à à peine 19 ans je fais déjà dans le sectarisme musical- le son est plus psyché.Du psychédélisme teinté de psychotisme. Voilà en gros la recette idéale mijotée par les Singapore Sling. Une rencontre au sommet en clair.

Le terme psychotisme n’est pas utilisé sans raison -faut pas croire que je mets des mots comme ça pour le plaisir non plus quand même-, en effet, de par sa définition, le psychotisme définit un état d’hostilité, une tendance à l’impulsivité et des difficultés à contrôler son comportement. Soit exactement l’effet produit par la musique du groupe de ce foldingue de Henrik Bjornsson. Fait encore plus drôle s’il en est, pour certains psychiatres, ce trait de personnalité serait du à un excès de testostérone, ici rattachable à la voix outrancièrement grave et d’appel au sexe -pardon aux âmes sensibles égarées sur ce site transitaire- d’Henrik Bjornsson, dans un phrasé mi-parlé, -mi-chanté qui fait mouche. Et pour conclure le paragraphe sexuel de ce groupe, j’ajouterais que leur nom provient non pas du cocktail cité auparavant mais d’un obscur film probablement réalisé par un pervers à vocation artistique grec intitulé par la plus grande des coïncidences Singapore Sling.

That said on ne s’étonnera pas du titre du dernier de leur album: « Perversity, Desperation and Death ». La vie en 3 étapes par les islandais n’est pas franchement empreinte d’un grand positivisme mais n’est jamais entaché de la moindre vulgarité. Le groupe est par ailleurs auteur de 3 autres albums et ceci dans la lose la plus parfaite qui n’est pas pour rappeler un certain Brian Jonestown Massacre -avouez ça faisait longtemps que j’avais pas réussi à placer leur nom quelque part-, pas si étonnant que ça lorsque l’on sait qu’ils ont été leur première partie aux États-Unis. Toujours ce fameux microcosme dont il est difficile de sortir. Ils sont également responsables d’un Best Of intitulé The Curse, The Life, The Blood en écho aux titres des 3 albums compilés ici, à savoir The Curse Of Singapore Sling, Life Is Killing My Rock’n'roll et Taste The Blood Of Singapore Sling. L’objet est idéal pour faire le tour de la question sans creuser des trous dans l’arrière du jardin. Du larsen en veux-tu en voilà, suffisamment efficace pour réveiller n’importe quelle tarte -ATTENTION: je ne garantis que l’efficacité de cette action, pas les conséquences d’ordre violent qu’elle peut entraîner.

C’est de la folie furieuse à haute dose addictive. Et si je suis là pour donner mon point de vue, je dirais que leur dernière galette -trouvable sur Spotify- est la meilleure. Vous trouverez également une reprise des Monks totalement dénaturée de « I Hate You ». Des moines qui passent par la passoire Shoegaze, surprenant mais réussi.

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« C’est le van d’un chevalier de niveau 4 de l’Ordre Nouveau »

Autant vous prévenir : on ne sort pas d’une projection de Kaboom comme on y est entré. Non pas que ce film soit le plus bouleversant de la décennie, du genre à vous donner envie de quitter votre vie monotone pour aller s’installer dans un monastère tibétain, moulin à prières dans la main mais parce que le dernier Gregg Araki est tout simplement hallucinant, au sens propre comme au sens figuré.

Le scénario de base est banal, mais tout s’emballe à un moment donné, comme si l’acide que vous aviez ingurgité commençait à faire effet. Smith – un sosie de Jared Leto, la coupe de cheveux façon footballer allemand ou crête rose de poulet en moins-, étudiant à l’orientation sexuelle « non-déclarée », passe son temps entre son colocataire Thor – un pseudo-surfeur peroxydé obsédé par son gros « marteau »- qu’il aimerait bien faire changer de bord et son aigrie de meilleure amie, Stella, lesbienne aux répliques tordantes, à qui il raconte l’étrange rêve qu’il fait depuis déjà quelques temps. Tout va pour le mieux, jusqu’à ce que, après avoir mangé un space-cookie sans en être forcément conscient, Smith assiste a l’assassinat d’une mystérieuse rousse, vue dans ses rêves mais jamais dans la vraie vie, par une bande d’hommes portant des masques d’animaux. À partir de là, la psychose se met en marche, comme un gigantesque bad-trip, entrecoupées de visions hallucinées de la réalité. Quelque chose de normal en somme. Si on ajoute à ça que Stella couche à une sorcière complètement psychopathe, ça nous ressort une jolie bouillie cependant hautement digeste.

Sauf que ce très rapide résumé n’est que la face visible d’un iceberg faisant trempette dans une mer d’acide. Plus on avance dans l’heure et demie que dure le film, plus on plonge dans un délire qui se révèle communicatif. Comme une sorte d’Orange Mécanique à l’envers. La comparaison peut paraître surprenante mais elle est assumée. Certes, pas de déchaînement de violence physique ou psychologique dans Kaboom, et pourtant, on ne peut s’empêcher de constater une connexion, un peu difficile à expliquer, une sorte de renversement du film original en une comédie horrifique sexuelle et allumée. Oui, comme dirait Fakehorse, ça baise, ça hallucine, ça tue, parfois le tout en même temps. Et pourtant, on reçoit ce flot d’images débridées sans broncher, sans se poser de question, et ça, ça a du bon. Tout est maintenu dans une cohérence certaine, rappelant vaguement le processus d’un rêve. Ce qui pourrait paraître totalement ridicule pour un spectateur ayant le second degré d’un poisson rouge se révèle franchement fun pour qui se laisse prendre au jeu. C’est d’ailleurs certainement la différence entre la majeure partie du cinéma français et le nouveau cinéma indépendant anglo-saxons : nos amis américains sont capables de ne pas se prendre au sérieux. A l’image de Smith et de sa bande de potes, complètement à l’ouest. On retiendra notamment les répliques savoureuses de London, copine plus ou moins déclarée de Smith, et sa vision si particulière des relations sociales (« Si A couche avec B et que B couche avec C, alors, c’est un peu comme si A couchait avec C. Par transversalité », « J’ai eu des frottis vaginaux qui ont duré plus longtemps que ça »).

Mais ce flot de « n’importe quoi » n’est pas laissé au hasard, bien au contraire. Si la fin ressemble à un skieur débutant lâché tout en haut d’une piste noire (ça part n’importe comment, et on ne sait pas vraiment comment ça va finir), la réalisation est parfaitement maîtrisée. Lumière et couleur travaillées à la perfection, donnant au film une esthétique entre la BD et le film d’horreur en plastique des années 80. Le montage ose des enchaînements improbables -sans doute plus vus au cinéma depuis la saga Star Wars- et des effets cheap à souhait, cadrant parfaitement avec le film. Dit de cette manière vous avez peut-être l’impression que Kaboom est un montageYoutube de Justin Bieber réalisé à l’aide de Windows Movie Maker. Mais rassurez vous, il n’en est rien. On remarque également quelques éléments qui font soupçonner une âme de fan de Joy Division/New Order chez le réalisateur. Tout d’abord le nom de l’organisation New Order est d’une évidence telle qu’il est inutile de s’attarder dessus, mais le livre de référence de cette organisation s’appelle « An Ideal For Living », identique au premier EP sorti sous le nom de Joy Division. Enfin, élément qui a fini de me troubler, la police d’écriture sur cette Bibleimprovisée, sorte de morceau d’Apocalypse en fin de compte, est la même que celle utilisée sur la pochette de Still, album-compilation post-mortem de Joy Division et logiquement dessinée par Peter Saville. Si y’a pas une connexion là dedans, faites moi manger du beurre de cacahouètes jusqu’à la fin de mes jours.

En bref, Araki nous sert un film fun et fou, devant lequel on se marre franchement si on connaît la définition du terme « ironie » et second degré. Pas besoin de chercher un quelconque message ou un égo monstrueux derrière tout ça. Le cinéma de divertissement, ça a vraiment du bon parfois. Surtout quand la BO est aussi réussie. Toute personne avec une certaine dose de bon goût – et vazy comme je te cire les pompes- aura reconnu les Horrors ouInterpol au milieu du film. Or je fais partie de celles et ceux qui pensent que pour un film soit réussi, la BO doit être impeccable et correspondre à mes goûts musicaux dictatoriaux. Ainsi, Kaboom satisfait assez de ce point de vue. Du moins, juste avant la fin, d’un mauvais goût qui conforterait presque l’image « je m’en foutiste » véhiculée par le film.MAIS QU’EST-CE QUE LE FUCK DE METTRE DU PLACEBO À LA FIN D’UN FILM DANS CE GENRE? Je soupçonne fortement le mec qui a sélectionné les chansons pour la BO d’avoir pris un acide de trop. Sérieusement, c’est comme si je me mettais à parler de Tragédie- le groupe, pas le genre théâtral- à la fin de mes articles. D’accord pour le n’importe quoi, mais un zeste de bon goût voyons! Néanmoins, Kaboom est un tel concentré de n’importe quoi et de visions délirantes que, malgré ce final définitivement raté, vous en ressortirez survitaminés, prêts à en découdre avec n’importe quel homme à tête de tigre ou de chien, comme si vous évoluiez dans un clip de Daft Punk.

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I won’t feel anyone around me…

Je dois l’avouer, j’ai longuement hésité avant d’aller voir The Delano Orchestra ce 8 octobre. Parce qu’il y avait de la concurrence et parce que la première écoute de l’album à la Coopérative de Mai quelques jours plus tôt ne m’avait pas complètement emballé. Mais voilà, en bon adorateur du label Kütu Folk Records que vous allez apprendre à connaître, je ne pouvais qu’y assister et j’ai sacrément bien fait.

C’est Dempster Highway, projet solo d’un guitariste d’Araban, accompagné par des membres de Leopold Skin, Kanwï Canaghan et Niandra Lades, qui est chargé d’ouvrir pour The Delano Orchestra. Un peu de claviers et de percussions mais surtout guitares et harmonica pour du folk à l’américaine,  faisant beaucoup penser à Bob Dylan ou The Tallest Man On Earth. La voix éraillée est pour beaucoup dans la comparaison également. J’ai plutôt apprécié ce concert, mais j’ai trouvé que le tout manquait d’un peu de variété, ce qui m’a ennuyé sur la longueur, même si le dernier morceau au milieu du public a permis de finir sur une note positive.

Puis vient l’heure de The Delano Orchestra, les six musiciens prennent place sur scène et c’est Frozen Lake et sa lente montée en puissance qui lance le concert. Le groupe va ainsi jouer des morceaux de ses trois albums tout en privilégiant ceux du dernier en date, nowthatyouARefreeMyBelovedLove. Les morceaux calmes, portés par les guitares et une voix fragile, ne le sont en fait pas vraiment, mais toujours sous tension, comme en témoigne l’attitude d’Alexandre, le chanteur: crispé, mal à l’aise, ressentant pleinement sa musique. Et bien souvent, ces morceaux s’emballent, explosent, avec trompette, batterie et violoncelle, comme si la tension émotionnelle ne pouvait plus être contenue (Someone I Could Not Hurt, The Escape…). Le concert est construit autour de l’équilibre entre ces chansons folk et des morceaux bien plus rock, pleins d’énergie, comme Seawater, Not an Ending ou Modest Life, que j’ai été ravi d’entendre sans l’effet qui me gênait sur CD. Je regrette seulement qu’il n’y ait pas eu un peu plus de chansons de cette intensité-là.

Après un épique Outro en fin de set, le groupe revient nous offrir Everything Is Done en rappel, conclusion parfaite d’un très beau concert. J’en garde d’ailleurs une bien meilleure impression que de celui donné en première partie de Murat en avril, où le nouvel album avait été joué dans l’ordre, sans respiration. Et comme l’année dernière, ce live m’a permis de reconsidérer l’album, que je commence à vraiment apprécier maintenant.

Clip de Seawater, extrait du dernier album ntyafmblde The Delano Orchestra, qui est en écoute sur Spotify. Il faut souligner qu’il a été enregistré en une seule prise de 46 minutes et qu’il a été entièrement mis en image par Alexandre Rochon. Vous pouvez aussi aller faire un tour sur leur chouette site, ça leur fera plaisir.

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